samedi 2 avril 2011

La surpartition : entre mémoire et crayon.

D’aucuns disent que le bon choriste doit avoir soit de la mémoire, soit un crayon – et les deux si possible. Pourquoi cela ?
Pour un choriste, la partition n’est pas seulement une suite de signes plus ou moins enchevêtrés ; c’est peut-être le cas quand il a la partition sous les yeux la première fois – surtout s’il dit ne pas connaître le solfège ! Mais au bout d’un certain temps, cette partition lui devient moins obscure. J’oserais dire qu’au fur et à mesure de l’apprentissage elle lui devient familière ; d’une certaine façon la lecture de cette partition finit par lui suggérer, lui rappeler la musique qu’il a apprise. Or n’est-ce pas toujours la même partition que la première fois ? Oui si on la regarde de l’extérieur, non si l’on se met à la place de celui qui maintenant la connaît : les signes, au début dépourvus de sens, ont fini par lui parler. Il y a donc entre la partition et le choriste comme un film invisible qui s’est formé et au travers duquel elle est par lui interprétée. J’appelle cela la surpartition.
Allons plus loin. Si le choriste veut progresser sans perte de temps, il a tout intérêt à utiliser son crayon pour produire des annotations qui lui permettront une lecture plus aisée la prochaine fois, et conforme à l’intention que le chef de chœur aura demandé d’introduire dans l’interprétation – intentions de nuances, de rythme, de respiration, de liaison, d’articulation vocalique ou consonantique, etc.

Le moment entre deux concerts où l’on donnera le même programme est tout a fait indiqué pour faire progresser l’interprétation ; on a donné un premier jet : il faut en profiter pour s’appuyer dessus et déceler les améliorations possibles. C’est le moment où l’on sera le plus à même d’annoter la partition, ces annotations signifiant finalement ce que l’on veut réaliser, mais qui n’était pas vu ou mal compris dans la première partition. On voit bien qu’on est là dans la surpartition, en tout cas elle est maintenant plus visible ; on commence à comprendre que la partition initiale est une base mais, qui que l’on soit, une base insuffisante ; le travail musical sur cette première partition a fini par en produire une autre, personnelle à chaque choriste, et dans laquelle il se retrouve de mieux en mieux.

Alors, superchoristes…tous à vos crayons !


*
Six mois après avoir rédigé ce qui précède, je lis sur le blog Si Tous Ensemble un article qui va tout à fait dans le même sens.
Voyez vous-mêmes pourquoi : L’écureuil espiègle

Extraits :
C’est alors qu’il a fait ce geste que j’ai vu refaire des 10aine de fois par la suite, il sort un crayon à papier et griffonne un gros “V” de travers sous la portée et me dis “là, il faut marquer le crescendo”. J’en revenais pas. Il avait écrit sur mon livre. On l’avait payé cher et lui, il se donnait le droit de griffonner avec son crayon usé sur la partition toute neuve. Il manque pas d’air, il a tout abimé l’imbécile, sûr que je vais me faire disputer après ça. Coup de chance, il a utilisé un crayon à papier, je vais pouvoir l’effacer.
Plus que dans tout autre moyen d’écriture, la musique est proposée comme un support et l’interprétation y est suggérée plus qu’imposée. Ainsi, lorsque Pierre en début d’année nous à envoyé ces crayons “pas encore taillés”, il ne s’agissait pas d’un geste de faible portée, il ne s’agissait pas d’une simple boutade pour ceux qui viennent sans de quoi écrire. L’annotation des partitions fait partie du travail de l’interprète qui ré-écrit par signes les notes qui lui sont proposées comme un support à son expression propre.
Tous les musiciens travaillant sur partition ont dans leur étui un crayon à papier usé.


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