mercredi 12 mars 2014

Comment apprendre ses chants ? (§8 Fuir le chant machinal)



Mais avant de parler des repères que l’on peut se donner pour prendre conscience de son chant, insistons sur la nécessité de lutter contre le travers qui consiste à chanter machinalement ; donc sa véritable conscience de ce que l’on produit.
Les choristes ont souvent tendance à penser que, pour apprendre leurs chants, ils doivent surtout les chanter en entier, du début à la fin sans interruption. Ils ne réalisent pas que cette façon de faire a deux inconvénients majeurs. Car d’une part, ce faisant, ils font confiance à un automatisme dont ils vont ensuite rester dépendants ; de sorte qu’au moindre écart produit par la chorale ils ne pourront guère gérer la situation et ne sauront reprendre le fil troublé de leur chant ; la moindre fantaisie les égarera. D’autre part, sachant qu’il reste encore longtemps des passages mal assurés, ils ne se donnent pas les moyens d’y remédier en travaillant ces passages en particulier et en y concentrant totalement leur attention ; bien au contraire, en répétant de façon approximative ces passages, leur mémoire finit par s’habituer à ces approximations et l’on aura par la suite beaucoup plus de mal à apprendre correctement la bonne version.
Tout cela ne doit évidemment pas empêcher que l’on tente, de temps en temps, de chanter le chant en entier ; mais si l’on a le sentiment d’éprouver enfin le plaisir de chanter sans contrainte, on ne doit pas confondre cela avec un moyen de corriger ce que l’on ne sait qu’insuffisamment.

 En résumé : lorsque l’on a appris son chant à partir d’un enregistrement, le morceau est d’abord su d’un savoir mécanique : on sait produire le chant d’une façon automatique (que l’on risque de confondre avec un utile savoir par cœur) mais sans être capable d’en reprendre soi-même le contrôle, en particulier pour modifier notre façon de chanter des passages mal sus.
Il faut donc apprendre à passer de ce premier stade du savoir automatique à un deuxième stade : celui d’un savoir raisonné – seul ce dernier peut être proprement musical. Ce savoir nous permet de faire autre chose que de chanter par répétition. Car le but de la musique n’est pas de répéter mais de créer. Il faut donc se donner les moyens d’apprendre à recréer un chant. Il faut prendre ses distances avec la pure répétition pour enfin accéder au domaine de la recréation.

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