vendredi 23 octobre 2015

Le sens des notes et l’apprentissage du choriste

L’arrivée de nouveaux choristes, en ce début de saison, me donne l’occasion de parler d’un phénomène presque banal mais dont on ne fait quasiment jamais état et qui, du coup, peut passer largement inaperçu : je veux parler du sens des notes.
Il est fréquent que le nouveau choriste, encore peu familier du travail choral, soit désarçonné par le phénomène suivant : après avoir appris chez lui son chant, sa partie de pupitre, et pensant assez bien la connaître, il lui arrive fréquemment de ne plus s’y retrouver lorsqu’il doit chanter sa partie parmi les 4 voix de la polyphonie. Il y a à cela plusieurs raisons, la principale me semblant être la suivante.

Lorsque l’on apprend la partie de son pupitre seul, lorsqu’on entend sa mélodie isolée, on lui donne spontanément un certain sens musical. Or le fait d’entendre cette mélodie accompagnée d’une, deux ou trois autres doit conduire, progressivement, à la comprendre d’une façon différente de celle imaginée au départ, en somme : à l’entendre d’une autre façon. C’est seulement alors qu’elle prend le sens qui lui convient dans le cadre de l’harmonisation donnée, de la polyphonie présente. Autrement dit, on ne connaît finalement le sens précis de toute mélodie, qu’elle soit celle des basses, des ténors, des alti ou même des soprane, que lorsque l’on arrive à la comprendre en relation avec les autres voix.

Voilà bien le paradoxe de l’apprentissage du choriste : celui-ci doit continuellement apprendre et perfectionner seul sa mélodie ; et pourtant il ne la maîtrisera réellement que lorsqu’il aura bien senti comment elle s’entend, se comprend, par rapport aux autres. Voilà pourquoi l’apprentissage repose sur un continuel va-et-vient entre un travail personnel (consolidé par un travail de pupitre – que l’on pourrait qualifier de monophonique) et un travail du choriste en situation au sein du chœur et de la polyphonie qu’il produit.

Ce qui est vrai pour la mélodie est vrai, à plus forte raison, pour chacune des notes qui la constituent. N’oublions donc jamais que la justesse véritable de chaque note ne dépend pas seulement de sa place sur la portée, mais qu’on doit la rechercher dans le sens de la note ; ce sens n’a a priori rien d’évident ; il est caché c’est dans la profondeur de la polyphonie elle-même qu’il faut le chercher.
En fin de compte tout ceci revient à dire que chaque note d’une mélodie a aussi un sens polyphonique ; tant que ce sens n’est pas bien saisi, on risque toujours de ne pas chanter la note très juste. Réciproquement, lorsque notre voix trouve bien sa place dans le chœur, c’est qu’elle a été guidée par l’équilibre harmonique au sein du chœur.


Dans le même ordre d’idée on pourra lire : Comment apprendre ses chants ? (§6 Apprendre à se corriger)

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