mardi 12 janvier 2016

Le geste du choriste : un inconnu en technique vocale ?


Le geste ne serait-il pas un inconnu au bataillon des concepts du chanteur ?

J’ai eu vraiment l’impression de surprendre mes choristes en leur disant récemment que l’origine du chant, dans le corps, c’était le geste.
Il y a peut-être au moins 2 raisons à cet étonnement.

Raison n° 1
On nous a tellement dit que le chant c’était du son que l’on a spontanément du mal à penser que ce que nous devons demander à notre corps de fabriquer ce n’est pas un son mais un geste. Et ce geste lui, ensuite, en conséquence, engendrera un son ; il doit en être la véritable cause. Notre esprit commande le geste et le geste engendre le son. En fait, nous devons assister à la production de la vibration et du son par notre corps, mais de façon passive. Ce n’est pas sur le son que nous agissons mais, par des gestes internes, sur les différentes parties de notre corps qui peuvent être mobilisées pour le produire et le moduler.

Raison n°2
Nous venons de dire : gestes internes. En effet nous sommes en général plutôt habitués à entendre le mot geste être utilisé pour désigner les gestes de la main ou de la tête ; et plus généralement des gestes de notre corps visibles extérieurement.
Le geste vocal, tout au contraire – et c’est bien pour cela qu’il reste largement méconnu – est un geste interne donc essentiellement invisible. Il mobilise principalement des muscles qui vont du ventre à la tête et l’art du chant consiste à apprendre ces différentes mobilisations ainsi que leurs coordinations.
Ajoutons que cela se fait sous le contrôle des perceptions internes ou propres (on parle de la proprioception), des fameuses sensations – selon le terme employé par les chanteurs – et très peu, en tout cas d’une façon très secondaire, sous le contrôle de l’oreille ; car l’oreille entend le son, certes, mais elle n’entend pas le geste (en tout cas d’une autre façon – indirecte – et pas avant un long apprentissage). D’ailleurs au moment où l’oreille entend le son, il est trop tard pour corriger un geste qui n’aurait pas été bien réalisé !
*
Ce que nous venons de dire du geste par rapport à la production du son dans le chant est tout aussi vrai dans le cas de la musique instrumentale. L’interprète qui produit des sons avec son instrument actionne celui-ci au moyen de gestes, gestes produits par ses doigts, ses mains, ses lèvres, sa langue, son souffle, tous ces organes agissant soit directement sur l’instrument, soit par l’intermédiaire d’un archet ou de baguettes ; de telle sorte que chaque geste ou chaque ensemble de gestes aboutit à la production de son.
*
Une conséquence que nous devons tirer de ces considérations est la suivante : la conduite d’un chef de chœur ou d’une chef d’orchestre doit être pensée en direction des gestes des musiciens, et non en direction des sons que ceux-ci ont à produire. Or puisque d’une façon générale le geste déclencheur précède le son produit, le geste du chef devra anticiper – plus ou moins largement selon les cas – sur le moment de démarrage du son proprement dit.
*
Enfin, profitons de ces remarques pour préciser que, contrairement à une conception traditionnelle, on ne peut considérer le corps du chanteur comme un instrument, dans le sens où le chanteur disposerait de son corps comme l’instrumentiste dispose de son instrument. Il est bien évident que, contrairement à l’instrument de musique, le corps du chanteur ne lui est pas extérieur, il ne lui est même pas étranger : il est son propre corps. Du coup cela rejoint l’idée que les gestes du chanteur ne sont pas extérieurs mais sont, à la fois, et ce que produit son corps, et ce qui agit sur ce même corps.


À suivre

Aucun commentaire :

Publier un commentaire

Remarque : Seul un membre de ce blog est autorisé à enregistrer un commentaire.